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DE L'ERRANCE AU ROAD MOVIE DANS L'ŒUVRE DE JIM JARMUSCH
par Stéphane BENAÏM



2.2.2 L' "espace quelconque"

Comme l'écrit René Prédal, dans son analyse sur Wenders , "tout voyage se découle dans le temps et l'espace." On retrouve cette structure dans le roman de Céline, Voyage au bout de la nuit , où les notions d'espace et de temps occupent toutes deux des places prépondérantes. Chez des cinéastes tels que Wenders ou Jarmusch, l'espace tient la plus grande place. Dans un road movie, c'est le voyage qui construit l'histoire. Les événements s'articulent autour d'un personnage en déplacement. L'individu errant fuit quelque chose : "Le personnage semble animé par un mouvement inverse, par une fuite devant quelque chose qui d'ailleurs le poursuit et parfois le rattrape. Il n'est pas animé par le désir d'avancer pour atteindre un élément qui est situé devant, mais poussé au déplacement pour échapper à ce qui le menace par derrière. "
L'individu en mouvement suit une trajectoire, un itinéraire dont bien souvent il n'est pas le maître. La notion d' "itinéraire" n'implique pas obligatoirement l'idée de "balade initiatique", ou de quête. Deleuze fait la distinction entre deux errances :
- Le "voyage allemand" et le "voyage beat" (style "Easy rider").
- La "balade urbaine"
La première se rattache à l'idée d'un voyage initiatique, la seconde est libérée de la "structure active" et affective . Selon Deleuze, "la balade moderne se fait dans un espace quelconque, gare de triage, entrepôt désaffecté, tissu dédifférencié de la ville, par opposition à l'action qui se déroulait le plus souvent dans les espaces-temps qualifiés de l'ancien réalisme." Alors que le cinéma de Wenders semble se positionner à mi-chemin entre le voyage initiatique et la balade urbaine, le cinéma de Jarmusch tend à privilégier la balade. Ces deux types d'errance restent des voyages analytiques sous des formes différentes. Ils englobent eux-mêmes des sous-parties, mettant en place divers types de balades :
- L'errance-fuite de "Down by Law" que l'on retrouve chez Godard dans "Pierrot le fou" et "A bout de souffle".
- L'errance-promenade dans "Stranger than Paradise" ou dans "Mystery Train".
- L'errance-dérive présente dans "Permanent Vacation"
- L'errance-quête que l'on retrouve dans "Candy Mountain" de R. Frank.
Dans les oeuvres de Jarmusch, "l'espace quelconque" permet d'accéder à l'errance. Au-delà de l'intérêt plastique et esthétique, il rend tous les mouvements et déplacements possibles pour le personnage. L'espace intervient directement dans la dynamique du récit. Il devient une "force active" aussi importante que le héros.


 



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